Assurance-vie : le meilleur semestre depuis vingt ans
36,5 milliards d’euros de collecte nette de janvier à juin, un niveau inédit depuis 2006, et 2 162 milliards d’encours fin juin. Le fonds en euros redevient un argument de vente au moment où le Livret A remonte à 1,70 %.
Les chiffres publiés par France Assureurs le 30 juillet ont surpris jusqu’aux assureurs eux-mêmes. Les cotisations du premier semestre atteignent 108,8 milliards d’euros, en hausse de 10,1 milliards sur un an, soit 10 %. La collecte nette, qui déduit les prestations versées, s’établit à 36,5 milliards, supérieure de 8,9 milliards à celle du premier semestre 2025. Il faut remonter à 2006 pour retrouver un semestre de ce niveau.
L’encours total atteint 2 162 milliards d’euros à fin juin, en progression de 6 % sur un an. Le seul mois de juin a apporté 19,3 milliards de cotisations, un record pour un mois de juin, et 6,7 milliards de collecte nette.
La répartition est presque aussi intéressante que le total. Les unités de compte, qui portent le risque de marché, représentent 39 % des cotisations sur le semestre et 43 % sur le seul mois de juin. Autrement dit, six euros sur dix continuent d’aller vers le fonds en euros, garanti en capital, alors même que les épargnants disposent depuis 2022 d’alternatives sans risque mieux rémunérées.
Le retour du fonds en euros
Ce retour n’est pas seulement affectif. Le rendement moyen servi au titre de 2025 s’est établi à 2,60 %, stable par rapport à 2024, pour une performance moyenne des unités de compte de 4,7 %. La provision pour participation aux bénéfices, cette réserve dans laquelle les assureurs puisent pour lisser les rendements, a été ramenée à 3,7 % des encours contre 4 % fin 2024 : une partie des taux affichés a donc été financée par les réserves plutôt que par le rendement courant des portefeuilles.
Les fonds en euros de nouvelle génération, lancés à partir de 2023 pour profiter de la remontée des taux obligataires, affichent des participations aux bénéfices annoncées entre 3,60 % et 4,10 % nettes de frais de gestion et avant prélèvements sociaux et fiscaux, selon les distributeurs qui les commercialisent. Ces supports, longtemps réservés aux versements comportant une part d’unités de compte, sont de nouveau proposés à 100 % dans certains contrats. Un épargnant doit toutefois regarder la composition du portefeuille sous-jacent, souvent plus chargé en obligations d’entreprises et en actifs non cotés que les fonds en euros classiques, et la durée d’engagement demandée.
La comparaison avec l’épargne réglementée pèse dans l’arbitrage. Le Livret A et le livret de développement durable et solidaire sont remontés à 1,70 % au 1er août, contre 1,50 % depuis février, sur décision prise le 15 juillet et formalisée par arrêté du 28 juillet. Le livret d’épargne populaire (LEP) reste à 2,50 %, au-dessus du niveau qui découlerait de la stricte application de sa formule. La prochaine révision interviendra le 1er février 2027. Un fonds en euros à 2,60 % brut de prélèvements sociaux ne domine donc pas franchement un LEP à 2,50 % net, pour les 40 % de ménages qui y ont droit.
Ce que la collecte ne dit pas
Un semestre record en collecte nette signifie deux choses simultanément : que les versements progressent, et que les rachats restent contenus. C’est le second point qui mérite attention. L’assurance-vie sert traditionnellement de réserve de précaution aux ménages aisés, et une collecte nette élevée traduit souvent un attentisme, pas un appétit. Sur un an, la trésorerie des ménages français s’est déplacée vers les supports liquides et garantis, dans un contexte de croissance nulle au deuxième trimestre et de pouvoir d’achat en repli de 0,6 % par unité de consommation.
Le taux d’épargne, revenu de 17,9 % à 17,2 %, montre par ailleurs que les ménages ont commencé à puiser dans leur effort d’épargne pour maintenir leurs dépenses. Une collecte record sur l’assurance-vie et un taux d’épargne en baisse ne se contredisent pas : ce sont deux populations différentes. Ceux qui versent 108 milliards en six mois ne sont pas ceux qui arbitrent entre le plein d’essence et la rentrée scolaire.
Reste la question fiscale, qui reviendra à l’automne avec le projet de loi de finances pour 2027. L’assurance-vie concentre 2 162 milliards d’euros d’encours et un régime successoral dérogatoire, ce qui en fait une cible régulièrement citée dans les revues de dépenses fiscales. Rien n’a été annoncé, aucun texte n’est déposé, et l’exécutif a plutôt donné des gages ces dernières semaines sur l’épargne des particuliers. Les épargnants qui ont pris l’habitude d’attendre le vote du budget pour arbitrer disposent cette année d’une raison de plus de le faire.