Les femmes et la Bourse : le grand fossé persiste
Alors que l'introduction en Bourse du Slip Français le 14 juillet remet les marchés actions sous les projecteurs du grand public, une étude publiée par Lise, la nouvelle bourse française dédiée aux PME et ETI, révèle l'ampleur de l'écart entre hommes et femmes face à l'investissement boursier. Moins nombreuses à investir, moins confiantes, moins familières des produits financiers : les femmes restent largement à l'écart des marchés.
Les introductions en Bourse font à nouveau la une : après SpaceX outre-Atlantique, c'est Le Slip Français qui s'apprête à rejoindre Euronext Growth le 14 juillet, avec un succès de souscription déjà annoncé. Mais derrière l'engouement médiatique, une partie de la population reste au bord du chemin. C'est ce que documente une étude de Lise (Lightning Stock Exchange), réalisée par l'institut Discurv auprès de 1 000 personnes représentatives de la population française.
Un écart de 18 points sur l'investissement
Le chiffre central de l'étude est brutal : seules 23 % des femmes ont déjà investi en Bourse, contre 41 % des hommes. Un écart de 18 points qui ne s'explique ni par le niveau d'épargne, ni par l'intérêt pour les questions d'argent, mais bien par un rapport différent aux marchés financiers.
Car le frein principal n'est pas financier, il est psychologique : 64 % des femmes déclarent ne pas se sentir en capacité de se lancer, contre 48 % des hommes. Le sentiment d'illégitimité précède l'acte d'investissement, et le verrouille.
La culture financière, nerf de la guerre
Ce déficit de confiance s'adosse à un déficit de connaissance revendiqué. Près d'un quart des femmes interrogées (24 %) déclarent ne maîtriser aucune notion financière, contre 16 % des hommes. Sur les produits eux-mêmes, l'écart se creuse encore : seules 6 % des femmes estiment comprendre suffisamment les ETF pour y investir, contre 15 % des hommes.
Ces chiffres font écho au déficit général de culture financière des Français, régulièrement pointé par les études. Mais ils montrent que ce déficit n'est pas uniformément réparti : il pénalise d'abord les femmes, avec des conséquences patrimoniales de long terme bien réelles. À horizon de plusieurs décennies, rester à l'écart des marchés actions, historiquement plus rémunérateurs que l'épargne réglementée, c'est accepter un écart de patrimoine qui s'ajoute aux écarts de salaires et de pensions.
Un enjeu pour la place de Paris
Pour Lise, la nouvelle bourse française dédiée aux PME et ETI fondée par Mark Kepeneghian, l'enjeu dépasse le simple constat sociologique. Le financement des entreprises françaises par les particuliers, ambition affichée des pouvoirs publics comme des acteurs de marché, ne pourra pas faire l'économie de la moitié de la population.
La question posée par l'étude est donc moins celle du diagnostic, désormais bien établi, que celle des remèdes : comment mieux accompagner les femmes dans l'accès à la culture financière et à l'investissement en Bourse ? Éducation financière à l'école, communication moins genrée des acteurs financiers, produits d'entrée simples et lisibles : les pistes sont connues. Reste à les activer.
En attendant, le paradoxe demeure : au moment où investir en Bourse n'a jamais été aussi simple techniquement, quelques clics suffisent pour acheter un ETF, la barrière à l'entrée reste avant tout mentale. Et elle ne tombera pas d'elle-même.